Avant les colons : navigateurs arabes, Portugais et une île déserte

Connue des marins arabes puis des Portugais, Maurice est restée sans habitants jusqu'au XVIIe siècle.

Sources vérifiées 2026-103 min

Une île sans peuple premier

Maurice fait partie d'une petite minorité de pays sans population autochtone. Quand les Européens commencent à la fréquenter, l'île est couverte de forêts et peuplée d'oiseaux, de reptiles et de tortues géantes, mais aucun être humain n'y vit. L'Encyclopædia Universalis rappelle que les Mascareignes, « jusque-là inhabitées », n'ont été véritablement peuplées qu'avec la colonisation européenne. Toute l'histoire humaine de Maurice est donc une histoire d'arrivées : marins de passage d'abord, colons, esclaves, engagés et migrants ensuite.

Les marins arabes et « Dina Arobi »

Les navigateurs arabes, qui sillonnaient l'océan Indien bien avant les Européens, connaissaient l'existence de l'archipel. La preuve la plus parlante est cartographique. La carte dite « de Cantino », datée de 1502 et aujourd'hui conservée à la Biblioteca Estense de Modène, en Italie, est la première représentation connue des Mascareignes. On y lit des noms d'origine arabe : Dina Arobi pour Maurice, Dina Morgabin pour La Réunion et Dina Morare pour Rodrigues.

Cette carte a une histoire de roman d'espionnage. Elle compile les découvertes des marins portugais, alors gardées comme des secrets d'État, et a été sortie clandestinement vers l'Italie par Alberto Cantino, un agent du duc de Ferrare. Le fait que des noms arabes y figurent montre que les Portugais ont puisé dans un savoir nautique plus ancien, transmis par les pilotes de l'océan Indien.

Aucune trace d'une installation arabe durable n'est attestée : pour ces marins, l'île était sans doute un repère sur la route plutôt qu'une destination.

Les Portugais au début du XVIe siècle

Après le passage du cap de Bonne-Espérance, les Portugais deviennent les maîtres de la route des Indes. Au cours de la première moitié du XVIe siècle, ils font connaître l'archipel en Europe. Le nom de « Mascareignes » vient d'ailleurs d'un de leurs navigateurs, Pedro de Mascarenhas.

Les Portugais n'y fondent pourtant aucune colonie. Leurs escales servent à se ravitailler en eau, en bois et en viande fraîche avant de repartir vers l'Inde ou l'Afrique de l'Est. Maurice reste, pendant près d'un siècle encore, une île de passage.

Une nature intacte, bientôt bouleversée

Ce que trouvent les premiers visiteurs est un écosystème qui a évolué sans mammifères terrestres ni prédateurs humains. Le plus célèbre de ses habitants est le dodo, un oiseau incapable de voler, haut d'environ un mètre et pesant une vingtaine de kilos, selon le musée d'histoire naturelle de l'université d'Oxford. Les forêts comptent aussi de l'ébène, un bois précieux qui attirera bientôt les Hollandais.

Les marins introduisent, volontairement ou non, des rats, des cochons, des chiens et des chats. Ces animaux s'attaquent aux œufs et aux habitats des espèces locales : c'est le début d'un bouleversement écologique qui s'accélérera au XVIIe siècle.

Ce qu'il faut retenir

  • Maurice n'avait pas de population autochtone.
  • Les marins arabes connaissaient l'île : la carte de Cantino (1502) la nomme Dina Arobi.
  • Les Portugais la font connaître en Europe au XVIe siècle, sans s'y installer.
  • Le nom « Mascareignes » vient du navigateur Pedro de Mascarenhas.

Pour aller plus loin

Le musée Frederik Hendrik, à Vieux Grand Port, présente des cartes anciennes et retrace les premiers siècles de fréquentation de l'île. C'est une bonne étape pour comprendre comment Maurice est passée de simple escale à terre de colonisation.

Sources

Commentaires 0

Soyez le premier à partager une info.

Ajouter un commentaire

Un email de confirmation vous sera envoyé : votre message est publié dès que vous cliquez sur le lien.

À lire aussi