1810 : la bataille de Grand Port et la conquête britannique

Victoire navale française en août 1810, conquête britannique en décembre : Maurice change de drapeau mais garde sa langue et son droit d'inspiration française.

Sources vérifiées 2026-103 min

Une île au cœur des guerres napoléoniennes

Au début du XIXe siècle, l'Isle de France est une épine dans le pied de la Grande-Bretagne : ses corsaires et ses frégates menacent les navires qui relient l'Inde à l'Europe. Londres décide d'en finir. En juillet 1810, les Britanniques s'emparent de l'île voisine, alors appelée île Bonaparte (La Réunion). L'Isle de France est la cible suivante.

La bataille de Grand Port (août 1810)

En août 1810, une escadre britannique tente de forcer l'entrée de la baie de Grand Port, sur la côte sud-est. Le chenal est étroit et sinueux, bordé de récifs coralliens. Selon l'Encyclopaedia Britannica, les combats se déroulent du 22 au 27 août. Un navire britannique s'échoue sur un banc de sable ; deux autres, trompés par des bouées déplacées par les Français, se jettent sur les coraux et sont incendiés ; un quatrième est réduit à l'état d'épave. Le dernier, qui tentait encore de sortir de la baie, se rend à l'arrivée de renforts français.

Le bilan est lourd pour la Royal Navy : quatre frégates perdues et près de 300 tués ou blessés, contre un navire et environ 150 tués ou blessés côté français. Le commandant français Guy-Victor Duperré et le capitaine britannique Nesbit Willoughby sont tous deux grièvement blessés. Britannica qualifie cet affrontement de pire défaite navale britannique des guerres napoléoniennes.

Le débarquement de novembre et la capitulation

La victoire française est sans lendemain. Londres rassemble une armada et, le 29 novembre 1810, des troupes britanniques et indiennes débarquent sur les plages de Bain-Bœuf, dans le nord de l'île, près de Cap Malheureux. Plus de 10 000 hommes font face à une garnison bien moins nombreuse commandée par le gouverneur général Charles Decaen.

Les négociations s'ouvrent le 2 décembre et la capitulation est conclue le 3 décembre 1810. Ses termes sont jugés remarquablement tolérants, et c'est le gouverneur britannique Robert Farquhar qui les applique. Un mois après la prise de l'île, les habitants libres prêtent serment d'allégeance au roi George III.

Le traité de Paris de 1814

La conquête est officialisée par le traité de Paris de 1814, qui redistribue les colonies après la chute de Napoléon. La Grande-Bretagne garde l'Isle de France, qui reprend officiellement son nom de Mauritius, ainsi que ses dépendances comme Rodrigues ; Bourbon (La Réunion) est rendue à la France. Certaines questions territoriales de la région remontent d'ailleurs à ce partage.

Une colonie britannique… francophone

Le changement de drapeau ne transforme pas la société du jour au lendemain. Le système juridique conserve les bases du Code Napoléon, combinées plus tard avec la common law britannique, ce qui fait aujourd'hui du droit mauricien un système mixte. Le français reste la langue de la presse et d'une grande partie de la vie quotidienne, tandis que l'anglais s'impose dans l'administration et l'enseignement. Ce double héritage explique pourquoi les visiteurs entendent aujourd'hui le français, l'anglais et surtout le créole.

Sur les traces de 1810

  • Vieux Grand Port et Mahébourg : la baie où s'est déroulée la bataille, face à l'île de la Passe.
  • Bain-Bœuf : un monument commémorant le débarquement britannique a été inauguré le 2 décembre 2010, pour le bicentenaire.

Sources

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