Le Morne, montagne mémoire du marronnage
Classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, Le Morne Brabant fut un refuge pour les esclaves marrons. Une légende tragique de 1835 en a fait un symbole de liberté.
Un rocher face à l'océan
À l'extrême sud-ouest de Maurice, le Morne Brabant dresse son monolithe de basalte de 556 mètres au-dessus des lagons. Ses falaises abruptes, boisées et presque inaccessibles en ont fait, au XVIIIe et au début du XIXe siècle, un refuge pour les esclaves en fuite, appelés « marrons ». Ils y formaient de petites communautés dans des grottes et jusque sur le sommet.
Patrimoine mondial depuis 2008
L'UNESCO a inscrit le Paysage culturel du Morne sur la Liste du patrimoine mondial en 2008 (avec une légère modification des limites en 2011). L'organisation le décrit comme un témoignage exceptionnel du marronnage, c'est-à-dire de la résistance à l'esclavage, et comme « un symbole de la lutte des esclaves pour la liberté ». La portée de ce symbole dépasse Maurice : elle concerne aussi les régions d'où venaient les esclaves, le continent africain, Madagascar, l'Inde et l'Asie du Sud-Est.
Selon la légende : le saut de 1835
L'abolition de l'esclavage à Maurice date du 1er février 1835. Selon la tradition orale, une expédition de police aurait alors été envoyée au Morne pour annoncer aux marrons qu'ils étaient désormais libres. Voyant les soldats approcher, ceux qui se cachaient au sommet auraient cru à une arrestation et auraient préféré se jeter dans le vide plutôt que de retourner en captivité.
Il faut le dire clairement : cet épisode n'est pas attesté par des documents d'archives et reste une légende. Mais l'UNESCO souligne que ce sont précisément ces traditions orales, transmises de génération en génération, qui donnent au lieu sa valeur symbolique : le Morne est devenu l'image des souffrances et des sacrifices des esclaves.
Un lieu de commémoration
Chaque 1er février, jour férié à Maurice, la commémoration de l'abolition de l'esclavage s'y tient ; la communauté créole, en particulier, la célèbre depuis 1987. Au pied de la montagne, un monument de la Route de l'esclave porte un extrait du poème de Richard Sedley Assonne, « Le Morne Territoire Marron », qui évoque des marrons ayant choisi « le baiser de la mort » plutôt que les chaînes.
Visiter avec respect
On peut randonner sur le Morne, de préférence avec un guide et tôt le matin, et profiter de la vue sur le lagon. Gardez à l'esprit que vous marchez sur un site de mémoire : prenez le temps de vous arrêter au monument avant ou après la montée.
Sources
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