L'esclavage, le marronnage et l'abolition : la mémoire du Morne
Du XVIIe siècle à 1835, l'esclavage a façonné Maurice ; le Morne Brabant, refuge des marrons, est inscrit au patrimoine mondial depuis 2008.
Deux siècles d'esclavage
L'esclavage accompagne toute la colonisation de Maurice. D'après le dossier de candidature du Morne à l'UNESCO, les premiers esclaves arrivent en 1639 sous les Hollandais. Sous les Français, leur nombre explose : environ 15 000 en 1767, environ 49 000 en 1797, puis autour de 60 000 au début du XIXe siècle. À la fin du XVIIIe siècle, ils forment 80 à 85 % de la population, et encore environ les deux tiers au moment de l'émancipation.
D'où venaient-ils ?
Les recensements coloniaux mentionnent des esclaves venus de Madagascar, du Mozambique, de la côte de Guinée en Afrique de l'Ouest, d'Abyssinie ou encore du sous-continent indien. Les estimations reprises par l'UNESCO donnent environ 50 % d'origine malgache, 40 % d'Afrique de l'Est et près de 7 % d'Inde. Maurice a aussi été une plaque tournante de la traite dans l'océan Indien.
Le marronnage, une résistance
Fuir la plantation était la forme de résistance la plus directe. Les esclaves en fuite, appelés marrons, se réfugiaient dans les forêts et les montagnes. Le phénomène existe dès la période hollandaise et s'amplifie ensuite : les marrons représentent environ 4 à 5 % des esclaves dans les années 1770, et 11 à 13 % dans les années 1820.
Le Morne Brabant, « république marronne »
Au sud-ouest de l'île, le Morne Brabant plonge dans l'océan. Ses falaises abruptes et boisées, difficiles d'accès, en ont fait un refuge tout au long du XVIIIe et du début du XIXe siècle. Les marrons y vivaient en petits groupes, dans des grottes et sur le sommet. Une description de 1769-1770 évoque même des cultures, des cases et un chef élu au sommet. Le nombre de fugitifs était tel que Maurice fut surnommée la « république marronne ».
Une légende tenace raconte que des esclaves se seraient jetés du haut de la montagne plutôt que d'être repris. Sa première version publiée remonte à Bernardin de Saint-Pierre en 1773. Le dossier UNESCO souligne qu'il est en réalité impossible de sauter du Morne jusqu'à la mer, mais la légende est devenue un symbole de la lutte pour la liberté.
L'abolition et l'apprentissage
Le Parlement britannique abolit l'esclavage dans l'Empire en 1834, et l'abolition prend effet à Maurice en 1835. Elle ne donne pas immédiatement la liberté complète : les anciens esclaves doivent passer par un système d'« apprentissage » qui les maintient au travail. Selon l'historien Satyendra Peerthum, environ 53 000 apprentis sont définitivement libérés en avril 1839, et plus de 26 000 quittent les plantations sucrières dans le mois qui suit. Les planteurs se tournent alors vers une autre main-d'œuvre : les travailleurs engagés venus d'Inde.
Le 1er février est aujourd'hui un jour férié commémorant l'abolition, proclamé par le gouvernement en 2001.
Le Morne, patrimoine mondial
En 2008, l'UNESCO inscrit le Paysage culturel du Morne sur la Liste du patrimoine mondial (critères iii et vi). Le bien couvre près de 350 hectares. Il est reconnu pour la valeur symbolique de la montagne, liée à la souffrance des esclaves, à leur résistance et aux traditions orales qui en sont nées.
Visiter
La randonnée du Morne, exigeante dans sa dernière partie, offre une vue saisissante sur le lagon. Pour la mémoire comme pour la sécurité, il est conseillé de partir tôt et de respecter les consignes sur place.
Sources
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