L'engagisme et l'Aapravasi Ghat

Entre 1834 et 1920, près d'un demi-million de travailleurs engagés sont arrivés à Maurice, la plupart par le dépôt de l'Aapravasi Ghat, classé par l'UNESCO en 2006.

Sources vérifiées 2026-103 min

Remplacer les esclaves : « la grande expérience »

Avec l'abolition de l'esclavage dans l'Empire britannique, votée en 1834, les planteurs mauriciens craignent de manquer de bras pour la canne à sucre. Le gouvernement britannique lance alors ce qu'il appelle lui-même « la grande expérience » : recruter, sous contrat, des travailleurs libres venus principalement d'Inde. C'est l'engagisme (indentured labour). Maurice en est le premier grand laboratoire, et le modèle sera ensuite exporté dans d'autres colonies.

2 novembre 1834 : l'arrivée de l'Atlas

Le dimanche 2 novembre 1834, l'Atlas entre dans le port de Port-Louis avec à son bord un premier groupe de travailleurs ayant signé leur contrat à Calcutta. Surnommés « Hill Coolies » ou Dhangars, ils étaient originaires des collines du Bihar, dans l'est de l'Inde. Chaque 2 novembre, cette arrivée est commémorée à l'Aapravasi Ghat.

Un demi-million de vies

Selon l'UNESCO, près d'un demi-million de travailleurs engagés sont arrivés à Maurice entre 1834 et 1920. La grande majorité venait d'Inde, mais il y eut aussi des recrues d'Afrique de l'Est, de Madagascar, de Chine et d'Asie du Sud-Est. La plupart travaillaient dans les plantations sucrières de l'île ; d'autres étaient réexpédiés vers La Réunion, l'Australie, l'Afrique australe et orientale ou les Caraïbes.

Les contrats prévoyaient un salaire et une durée déterminée, mais les conditions de vie et de travail étaient souvent très dures. Beaucoup ne sont jamais repartis : leurs descendants forment aujourd'hui une large part de la population mauricienne.

Le dépôt de l'immigration

Pour accueillir et enregistrer les arrivants, les autorités construisent en 1849 un dépôt d'immigration sur la baie du Trou Fanfaron, à Port-Louis. Il fonctionne jusqu'au milieu des années 1920. C'est par là que passaient les nouveaux venus : contrôle, enregistrement, attente, puis répartition vers les domaines sucriers.

Il en reste aujourd'hui des vestiges modestes mais émouvants : des parties de hangars, des cuisines, des latrines, un bloc hospitalier et surtout un escalier de 14 marches que chaque immigrant devait gravir pour entrer dans le dépôt. Ces marches sont devenues le symbole de l'arrivée à Maurice.

Un site du patrimoine mondial

En 2006, l'UNESCO inscrit l'Aapravasi Ghat sur la Liste du patrimoine mondial au titre du critère (vi), pour sa valeur de témoignage. Le site, d'à peine 1 640 m² environ, est reconnu comme le lieu où a commencé le système moderne de l'engagisme, une migration de travail qui a marqué l'histoire de nombreux pays.

Un héritage vivant

L'engagisme a profondément façonné Maurice : religions, fêtes, cuisine, musique et langues. Le bhojpuri, apporté par les migrants du nord de l'Inde, est toujours parlé. Les chants traditionnels bhojpuri, ou Geet-Gawai, chantés notamment lors des mariages, sont inscrits depuis 2016 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO.

Visiter

L'Aapravasi Ghat se trouve en plein Port-Louis, près du front de mer et de la gare routière Immigration. L'accès au site permet de voir les marches et les vestiges du dépôt. Comptez une heure, et combinez la visite avec le Caudan, le marché central ou la place d'Armes.

Sources

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