De la canne au tourisme et aux services : l'économie mauricienne
D'une île dominée par le sucre en 1968, Maurice est devenue une économie de services, portée par la zone franche, le tourisme et la finance.
Trois siècles de canne à sucre
La canne arrive avec les Hollandais au XVIIe siècle, mais reste alors marginale. Sous les Français, puis surtout sous les Britanniques, elle devient la colonne vertébrale de l'économie. Selon l'Encyclopædia Universalis, la surface plantée en canne double à peu près entre 1825 et 1831. Ce boom repose d'abord sur le travail des esclaves, puis, après 1835, sur celui des travailleurs engagés venus d'Inde, qui arrivent par centaines de milliers pour travailler dans les domaines sucriers.
Les paysages en gardent la trace : champs de canne, cheminées d'anciennes sucreries, domaines coloniaux devenus musées ou restaurants.
1968 : une économie à une seule culture
À l'indépendance, la dépendance est presque totale. D'après une analyse présentée à la CNUCED par un responsable du ministère mauricien de l'Agro-industrie, le sucre représente alors environ 30 % du PIB et 90 % de la valeur des exportations ; la canne couvre 90 % des terres arables, et l'île compte environ 25 sucreries. Diversifier devient une nécessité.
1970 : la zone franche
Une première tentative d'industrialisation par substitution aux importations, lancée en 1964, déçoit. En 1970, Maurice crée des zones franches d'exportation (Export Processing Zones) : des entreprises produisant pour l'export bénéficient d'avantages fiscaux et douaniers. Dès mars 1973, elles ont créé plus de 14 000 emplois dans 34 usines, surtout dans le textile et l'habillement. Le textile devient le deuxième pilier de l'économie.
Crises et rebonds
La fin des années 1970 est difficile : des cyclones détruisent environ 30 % de la récolte de canne en 1979-1980, et l'économie traverse une grave crise entre 1980 et 1982 (inflation jusqu'à 42 %, chômage jusqu'à 23 %). Avec le soutien du FMI, le pays se réforme, et la fin des années 1980 voit un boom tiré par les exportations de la zone franche, le tourisme et l'immobilier.
Finance, port franc et services
La diversification se poursuit : un centre financier offshore est créé en 1989, la Bourse de Maurice démarre à la même période, et le port franc voit le jour en 1992. Dans les années 2000, le pays encaisse plusieurs chocs, dont la fin de l'accord multifibres pour le textile et la baisse des prix garantis du sucre par l'Union européenne. Le secteur sucrier se transforme en « filière canne » produisant aussi électricité, éthanol et sucres raffinés ; le textile monte en gamme. En 2021, les services représentent 75,6 % du PIB et 68,3 % de l'emploi.
Le tourisme, vitrine du pays
Le tourisme, développé grâce aux liaisons aériennes avec l'Europe, est devenu un pilier majeur. Selon les chiffres annoncés par le ministère du Tourisme en janvier 2026, Maurice a accueilli 1 436 250 visiteurs en 2025, soit une hausse de 3,9 % par rapport à 2024.
Ce que cela change pour le visiteur
Visiter une ancienne sucrerie, longer les champs de canne en route vers le sud ou flâner au Caudan à Port-Louis, c'est traverser en quelques heures ces trois âges de l'économie mauricienne : la plantation, l'industrie et les services.
Sources
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